Université Populaire et Citoyenne à Roubaix

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Compte-rendu du café-citoyen du 12 avril 2006

aux “4 Ecluses” à Dunkerque

Présents : Francine Vanraet, Andrée Mouftier, Rémi Gallemau, Brigitte Mounier, Paulo Serge Lopes, Claudine Ducellier, Thomas Fraga, Anna Czapski, Féthi Riah, Nadir Zouka, Patrick Lebellec, Christophe Delaleau, José Deswarte, Nicolas Postel, Sylvie Benoît-Chieux, Majdouline Sbaï, Vincent Boutry.

Rappel du projet.

L’upc située à Roubaix a proposé à plusieurs partenaires de l’éducation populaire dans quatre territoires de la région (valenciennois, Pays des 7 vallées-Fruges, dunkerquois, métropole lilloise) d’organiser des débats sur le thème de l’Europe sociale en s’inscrivant dans le plan D comme « Démocratie, débat et dialogue » proposé par la Commission européenne. L’Université Côte d’Opale, ATTAC Nord-littoral, l’Ulco-La Piscine, la Maison de quartier Soubise, BES, l’AGUR, Radio rencontre ont été associés au montage de ce projet sur le dunkerquois. L’objectif est d’organiser des échanges de savoirs citoyens à partir du thème de l’Europe sociale sur l’amélioration de nos pratiques respectives d’éducation populaire. Deux temps d’échanges sont proposés : une conférence-débat avec Jean Gadrey et Nicolas Postel (économistes) le vendredi 11 mai à 20h au cinéma le Varlin à Grande Synthe prolongée le lendemain matin par un séminaire avec Jean Gadrey et Nicolas Postel de 9h à 12h à la bibliothèque d’Armbouts-Cappel. Un cahier reprenant l’ensemble des échanges sera publié ainsi qu’un DVD de la conférence. Radio rencontre réalisera des reportages qui seront diffusés sur les antennes de huit radios libres dans la région.

Premiers enseignements des deux débats à Valenciennes et à Fruges.

L’Europe est le continent qui dispose du plus grand patrimoine en matière de protections sociales et de dialogue social. L’ensemble de systèmes de protection sociales sont menacés par la mondialisation libérale et par le vieillissement de la population. Les politiques sociales restent nationales et sont diverses, liées à l’histoire de chaque pays. Il n’existe donc pas un modèle européen mais des convergences possibles et des enseignements à retirer notamment dans ce qui se fait en Europe du Nord mais aussi en Autriche ou ailleurs. Les institutions européennes et internationales poussent vers une privatisation et une activation des dépenses sociales.

La flexicurité (allier flexibilité et sécurité de l’emploi) serait une notion intéressante pour plusieurs raisons : parce que ce mot évoque un système global de réponse à la crise des systèmes sociaux, parce que tout le monde en parle (de droite à gauche avec des équilibrages très différents entre flexibilité et sécurité) parce que la flexicurité est déjà mise en oeuvre de façon intéressante dans certains pays d’Europe. Il s’agirait de renforcer l’attractivité de différents congés et permettre d’organiser (de négocier) des transitions (formation, naissance, année sabbatique...) autres que le chômage entre deux emplois. La flexicurité ne crée pas d’emplois mais organiserait autrement le partage du travail.

L’Europe sociale passerait aussi par une plus grande décentralisation-territorialisation des politiques économiques et sociales à l’échelle régionale (six millions d’habitants) avec des spécialisations, une liaison forte avec l’université, la formation, la recherche. Une des spécificités des politiques structurelles de l’Europe a été aussi le refus d’organiser la désertification. On construirait une Europe des régions spécialisés dans quelques domaines, compétitives, avec une main d’oeuvre bien formée...

La menace du plombier polonais serait surestimée pour plusieurs raisons : migrer même pour un polonais reste difficile ne serait-ce qu’à cause de la langue. Sur les délocalisations, l’Europe de l’Ouest a des atouts en terme de qualification et de productivité de la main d’oeuvre, de proximité de la demande. Globalement ceux sont les entreprises de l’ouest qui s’enrichissent en investissant à l’Est. Localement il peut y avoir de grande disparités quand une entreprise se délocalise. Il faut donc développer au niveau européen un système de fonds de compensation au profit des régions qui perdent des emplois par délocalisation. Cela a été amorcé à trop petite échelle et uniquement pour les délocalisations extraeuropéennes.

Il faut consolider de nouveaux espaces de rencontres des sociétés civiles européennes pour échanger sur ces questions, rendre l’Europe plus “politique”. Il faudrait trouver les moyens de continuer à parler de ce qui se fait dans les différents pays européens au délà des cercles d’initiés. Aujourd’hui l’Europe serait en crise politique et sans moyens en rapport avec les enjeux de définition de hauts standards sociaux européens modulables selon les contextes et histoires de chaque pays.

Eléments du débat au “4 Ecluses”.

Plusieurs échanges ont porté sur la difficulté et en même temps la nécessité de mobiliser les habitants par exemple du quartier Soubise sur ce type d’échanges de savoirs. Des associations de Grande Synthe expliquent les difficultés à obtenir un espace d’expression indépendant de la municipalité. La nécessité de diversifier les formes de rencontres et d’expression. Cela peut passer par le théâtre mais aussi par la mise en place de cycle de rencontres s’inscrivant dans la durée pour élaborer un langage commun. Certains mots font peur comme université, conférence, séminaire... Des outils comme une université populaire peuvent fonctionner s’ils obtiennent une reconnaissance par les pouvoirs locaux.

Sur les modèles sociaux, il faut aujourd’hui prendre en compte des questions nouvelles comme l’environnement et construire un système économique, social , environnemental globalement. On évoque souvent le Danemark mais il n’y a pas de CDI, ce pays n’est pas dans la zone euro. 80% des salariés sont syndiqués. Peut on comparer la France au Danemark ? Il faut aussi défendre le modèle social français. Un autre participant, n’aime pas le mot “flexicurité” il faut une rupture avec la capitalisme.

Sur l’Europe, c’est à la fois éloigné pour les gens qui connaissent peu les 27 pays européens. L’Europe ne les concernerait pas. Pourtant on ne peut pas séparer aujourd’hui les préoccupations locales et l’Europe qui sont liées. Faire bouger les lignes de l’Europe sociale pour lutter contre le chômage suppose une mobilisation car la construction d’une Europe sociale est aujourd’hui à l’abandon.

Le paradoxe du littoral : sur l’amiante ou sur les pollutions, il a fallu ce battre contre les salariés. Qu’est ce que peut faire l’Europe pour la santé de l’homme au travail ?

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