Université Populaire et Citoyenne à Roubaix

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Introduction à la conférence de Gérard Noiriel du 25 octobre 2007

Par Mathilde Wybo et Pierre Wolf


Nous sommes très heureux de vous recevoir ce soir M. Noiriel, et vous remercions d’être présent dans un contexte particulier où nous savons que vous êtes particulièrement sollicité. Vous êtes un grand spécialiste de l’histoire de l’immigration en France mais vous êtes aussi un chercheur engagé dans son temps, en quête de connaissances utiles, attentif aux démarches associatives et institutionnnelles qui visent à changer le regard sur l’immigration.

Vous vous êtes ainsi engagé depuis de nombreuses années dans le développement d’un lieu de mémoire (et de formation citoyenne) dédié à l’histoire de l’immigration, un lieu qui s’est enfin matérialisé puisque que la Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration, installée à la Porte Dorée à Paris, a ouvert ses portes il y tout juste 15 jours, le 10 octobre dernier.

Vous êtes également président du CVUH (Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire), une association créée en 2005 par des universitaires pour “faire en sorte que les connaissances et les questionnements que [les hitoriens produisent] soient mis à la disposition de tous, [pour] ouvrir une vaste réflexion sur les usages publics de l’histoire, et proposer des solutions qui permettront de résister plus efficacement aux tentatives d’instrumentalisation du passé”.

Un pionnier dans le champ de la recherche universitaire sur l’histoire de l’immigration en France

La publication du [Le] creuset français. Histoire de l’immigration (XIXe-XXe siècle) en 1988, dans le contexte de la montée électorale du Front national de Jean-Marie Le Pen, fut à ce égard un moment fondateur. Il s’agissait alors de la première histoire générale de l’immigration en France.

Depuis vingt ans, vous avez publié de nombreuses études sur ce thème (La Tyrannie du national. Le droit d’asile en Europe (1793-1993), Paris, Calmann-Lévy, 1991. (Réédité en collection de poche sous le titre Réfugiés et sans papiers. La République et le droit d’asile, XIX-XXe siècle, Paris, Hachette, collection « Pluriel », 1998 ; Atlas de l’immigration en France, Paris, Éditions Autrement, 2002 ; Gens d’ici venus d’ailleurs. La France de l’immigration de 1900 à nos jours, Paris, Éditions du Chêne, 2004).

Vous vous êtes notamment interrogé sur les processus de construction de l’Etat-nation et les processus d’identification des populations (Population, immigration et identité nationale en France (XIXe-XXe siècle), Paris, Hachette, collection. "Carré-Histoire", 1992 ; État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Paris, Belin, collection « Socio-Histoires », 2001 (Réédité en collection « Folio-Histoire », Paris, Gallimard, 2005 ; Les Origines républicaines de Vichy, Paris, Hachette, 1999) ;

Et plus récemment, vos travaux se sont fixés sur les phénomènes de stigmatisation à l’égard des immigrants, au travers des discours publics et de leurs réceptions au niveau des individus (Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle) : Discours publics, humiliations privées, Paris, Fayard, 2007),

Vous avez également travaillé sur :

l’histoire du monde ouvrier (Longwy, Immigrés et prolétaires (1880-1980), Paris, Presses Universitaires de France, collection « Pratiques Théoriques », 1984 ; Les Ouvriers dans la société française (XIXe-XXe siècle), Paris, Seuil, collection « Points », 1986) ;

l’histoire des intellectuels en France, les rapports entre le savant et le politique (Les Fils maudits de la République. L’avenir des intellectuels en France, Paris, Fayard, coll. « Histoire de la pensée », 2005) ;

Vous avez également beaucoup réfléchi, et écrit, sur la discipline historique, ses fonctions, son organisation, ses difficultés et votre propre relation à la discipline (Qu’est-ce que l’histoire contemporaine ?, Paris, Hachette, collection « Carré-Histoire », 1998. Penser avec, penser contre. Itinéraire d’un historien, Paris, Belin, collection « Socio-Histoires », 2003 ; Introduction à la socio-histoire, Paris, La Découverte, collection "Repères", 2006).

A quoi sert l’identité nationale ?

Le 8 mars dernier, en pleine campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy annoncait au journal de 20h la création possible, s’il était élu, d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. De nombreuses personnalités reprochèrent alors au candidat de l’UMP d’user de ce thème pour rallier une partie de l’électorat d’extrême droite. Mais N. Sarkozy confirmait ce choix : « Je crois que la France traverse une crise d’identité, et je ne veux pas laisser le monopole de la nation à l’extrême droite », déclarait-il ainsi le 13 mars en réunion publique à Besançon alors que le vieux leader d’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, se moquait de son côté de cette « petite opération de racolage sur les terres du FN ». Au mois de mai, le fameux « ministère de l’immigration et de l’identité nationale” était créé.

Ce contexte particulier vous a conduit, M. Noiriel, accompagné de certains de vos collègues historiens, a réagir publiquement pour dénoncer l’association de ces deux termes dans l’intitulé d’un ministère, fait sans précédent dans l’histoire de la République française, et qui, selon vous, ne peut que conforter les préjugés négatifs à l’égard des immigrants.

Vous avez ainsi démissionné avec sept autres historiens du conseil scientifique de la Cité nationale de l’Histoire de l’immigration auquel vous participiez , tout en continuant à soutenir cette institution (il faut le préciser). Vous avez également lancé une pétition qui a été signée par plus de 10 000 citoyens en moins d’une semaine, et des universitaires du monde entier se sont associés à cet appel. Le titre de votre dernier ouvrage à paraître demain et qui s’intitule : « A quoi sert l’identité nationale », revient donc sur les raisons de ce mouvement.

Dans votre avant-dernier ouvrage (Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle) : Discours publics, humiliations privées), vous insistiez par ailleurs sur la nécessité de lutter contre la stigmatisation des individus. Vous évoquez également la nécesité d’ “historiser la mémoire”. Cette rencontre nous aidera sans aucun doute à mieux comprendre les enjeux de mémoire à l’oeuvre dans la société française et à mieux appréhender les formes d’instrumentalisations politiques de l’histoire développées aujourd’hui. Nous tenterons aussi de faire un bilan de la recherche consacrée à l’histoire de l’immigration en France...

Portfolio

le nouveau livre du CVUH

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