
Vouloir parler de la Laïcité, de la République et de l’Islam, c’est en somme passer en revue 200 ans d’histoire voire bien plus, puisque c’est un fait, notre passé politique et philosophique récent s’ancre dans une histoire au long cours que maints et maints événements ont marquée. A quoi nous accrocher pour rendre intelligible ces trois mots ? Il y a cent ans, cette année, que la République a adopté la loi, dite 1905, de séparation entre l’Eglise et l’Etat. Avant cette date, il a fallu, en réalité, 25 ans pour que la laïcisation des institutions puisse venir s’incarner dans un texte, permettant ainsi la création d’une référence commune dans ce domaine. 1905 n’a pourtant pas mis fin aux velléités du « religieux » de prendre part aux affaires publiques. Certains parlent de soubresauts pour qualifier l’existence de digressions flagrantes au « dogme » laïc, d’autres parlent plutôt d’une construction commune aux multiples ajustements et adaptations. Effectivement, il n’y a pas de dogme laïc. La laïcité est en réalité un ensemble d’éléments juridiques, sociaux, politiques, qui garantisse à chacun de pouvoir vivre selon sa conscience.
À Roubaix, il ne reste peut être que la nomenclature des places, le nom des écoles et les souvenirs de certains passionnés pour nous rappeler combien notre ville a été marquée par cette construction permanente de la laïcité et de « l’esprit laïc ». Par exemple, les mots « liberté », « travail », « progrès » structurent l’espace urbain avec pour ambition de symboliser les nouveaux points de repères de notre espace mental.
100 ans après, la violence des tensions surprend. Il nous faudra beaucoup de temps et d’empathie pour cerner les questionnements émergeants sur l’Islam dans le cadre laïc et républicain français. L’existence de cette conscience religieuse, de surcroît vivace, est encore perçue comme « étrangère » et parfois même antinomique du principe de liberté de conscience lui-même Il n’est, donc, pas un espace de rencontre et de dialogue qui soit de trop sur ces sujets, tant nous touchons là profondément à nos affects, nos croyances et enfin, nos opinions politiques. Dans tous les foyers, les questions taraudent et divisent. L’espace public n’offre que l’image de gens qui se heurtent, au moment où, dans les mouvements sociaux, les alliés d’hier voient leur solidarité se fracturer profondément autour d’une seule question : Que devons-nous penser et faire face aux modes d’expression de la religion musulmane en France ?
Afin de comprendre l’histoire récente, nous pouvons émettre l’hypothèse que l’expression de l’islam en France a jeté un nouvel éclairage sur des enjeux institutionnels et politiques vouées à ne jamais être résolus. Parmi ces enjeux, la construction de l’espace laïc français a été bousculée dans ces pré requis et a du être réactivée. La focale a été l’école, éternel pilier de la république. Parmi les paramètres décisionnels, qu’il l’accompagne, nous pouvons noter le contexte international et le débat maintenant pluri - décennal sur l’immigration. Finalement, si aujourd’hui à une véritable foire d’empoigne dans les médias - n’est ce pas le signe d’une laïcité vivante qui se refuse à devenir dogmatique mais qui peine à se trouver de nouveaux repères ?