
Issue des échanges de savoirs menés en 2005, notre hypothèse de départ est de considérer deux expériences d’insertion comme particulièrement intéressantes : l’accompagnement vers l’entreprise avec la méthode IOD (Intervention sur l’Offre et la Demande, Conexio’ à Roubaix) et les chantiers écoles (avec les contrats aidés (CES, CEC, emplois jeunes … ou C.d’Avenir aujourd’hui) sur le secteur non-marchand). L’équipe de recherche-action a donc décidé de mener une enquête citoyenne pour recueillir la perception de ces dispositifs par des personnes qui en ont été bénéficiaires. C’est à partir de cette parole que la recherche-action, veut poursuivre et enrichir le débat pour « bouger la politique de l’emploi à Roubaix » à l’occasion de 10 « cafés-citoyens » organisés dans la ville.
Cinq enquêteurs, membres de l’upc, ont interrogé à ce jour un panel de vingt personnes réparties pour moitié dans IOD et dans les chantiers-écoles (dans 6 structures). L’échantillon est composé en fonction des propositions des acteurs (IOD ou chantiers-écoles) de moitié de femmes et d’hommes. La moyenne d’âge est de 43 ans (de 27 à 58 ans). La méthode d’enquête a tenté de rendre acteur la personne rencontrée en lui demandant d’exprimer d’abord sa représentation, son opinion en tant que citoyen en sollicitant la définition de mots clés liés à la question du travail et de l’insertion.
Le travail est perçu comme essentiel, les formulations générales du genre « … sans travail on est rien… » ou « … c’est la base pour exister… » reviennent dans chaque entretien. Sont fortement associées au travail, la liberté procurée par le salaire (mais aussi pour certains, l’accès au Assedic, à la retraite), la rencontre avec d’autres par opposition à la solitude, l’ennui associés au chômage. Plusieurs personnes ont souligné l’importance du travail pour « …se sentir utile… », « …être normal... » même précaire avec un petit salaire. Beaucoup ont souligné le risque d’enfermement du chômage, le risque de s’y habituer, de perte totale de confiance en soi. Il y a eu peu de critiques exprimées sur le contenu du travail, « …le travail n’a pas beaucoup changé… ». On perçoit dans plusieurs interviews une critique du « travail des parents » répétitif, enfermé toute sa vie à l’usine. L’idée de mobilité et d’accès à des emplois de services a alors été perçue comme une opportunité nouvelle de choix.
L’entreprise est perçue comme le lieu central pour travailler. Mais ce monde de l’entreprise semble difficile d’accès. C’est bien sûr le recrutement qui a fait l’objet de critiques avec en leitmotiv : « …il faut laisser sa chance aux demandeurs d’emplois… » ne pas demander systématiquement l’expérience, les diplômes, de ne pas être trop jeune ni trop vieux. Un conseil au chômeur qui cherche du boulot ? « …Ne jamais lâché, être tout le temps à l’affût, se lever tôt, aller partout (boîtes d’intérim, ANPE, services sociaux…), déposer des CV directement auprès des entreprises, faire jouer ses relations… ». La recherche d’emploi est un sport de combat, « …il faut être motivé… ». L’entreprise est aussi évoquée comme un monde dur où l’humain ne compte pas beaucoup ou la formation et la progression sont difficiles. Certains soulignent que le patron contrôle de moins en moins sa propre entreprise dans un contexte de concurrence forte.
Le service public se distingue peu comme un secteur d’emplois spécifiques pour les personnes rencontrées. On y retrouverait les mêmes métiers que dans le privée (nettoyage, balayage, manutention, sécurité). Les activités d’utilité sociale ne sont pas repérées. Elles sont souvent assimilées aux activités d’insertion (qui embauchent des chômeurs en difficulté). Le secteur associatif via les contrats aidés est considéré comme « plus humain » que l’entreprise et plus facile d’accès quand on est depuis longtemps au chômage. Il peut être un tremplin. Mais ce secteur apparaît aussi comme plus précaire sans beaucoup de perspectives autres que le renouvellement du contrat ou l’accès à un autre poste au sein de l’association. La plupart des personnes interrogées souligne qu’elles n’ont pas eu le choix entre l’entreprise et l’association : « …il faut prendre ce qu’il y a… », « …mon référent ne m’a proposé que des CES… ».
D’une façon générale, les personnes interrogées ont reconnu la nécessité d’un soutien face au chômage et la recherche d’emplois. Deux types de critiques ont été soulevées : « le trop peu d’accompagnement » caractérisé par l’ANPE « …qui envoie tout le monde sur les mêmes offres, souvent déjà pourvues… » et qui amène à se débrouiller seul ; « le trop plein d’accompagnement » avec une approche globale de la personne, caractérisé par le référent RMI, qui peut éloigner de la recherche d’emploi. Les personnes rencontrées ont du mal à percevoir les contours et les objectifs du dispositif d’insertion « … ma référente décide pour moi… ». Ils voudraient d’abord situer l’insertion dans l’accès direct à un travail. L’accompagnement devrait se faire sur des offres d’emploi et l’accompagnant jouer le rôle « …d’interprète… » entre le demandeur d’emploi et l’employeur. L’accompagnement de Conexio (méthode IOD) à la fois chaleureux et concret est unanimement apprécié par les personnes concernées : « … dès que je suis arrivé içi (à Conexio) j’ai su que j’allais trouver un emploi… » ; « …l’équipe Conexio’ c’est comme si c’était ma famille qui m’aidait… », « …içi on croit en vous, on vous présente des offres d’emplois, on vous accompagne aux entretiens, on vous appelle souvent, vous avez le choix de refuser certaines offres… ».
Une critique redondante a été portée sur l’orientation vers des stages de remise à niveau et de technique de recherche d’emplois comme préalable à l’accès à l’emploi notamment parce qu’il ne mettent pas suffisamment les personnes en relation avec des offres réelles d’emplois. L’alternance entre séquences de formation et de travail apparaît positive dans les chantiers-écoles, notamment dans la relation avec l’encadrant technique. Il y a des personnes « …qui ont perdu confiance… » ou « … qui ont besoin de retrouver la main, le rythme, des repères… », le chantier école peut le leur permettre. Pour certaines personnes interrogées cette alternance, cette apprentissage ne se fait pas suffisamment dans le cadre de l’entreprise. Les personnes interrogées soulignent la discrimination à l’embauche pour les jeunes et les seniors. La discrimination raciale ou en raison d’un handicap est aussi évoquée mais les personnes interrogées disent qu’elles ne l’ont jamais subie. Pour y remédier, certains n’hésitent pas demander une loi avec des quotas dans les embauches des entreprises pour lutter contre la discrimination et rétablir un peu plus d’égalité.