Université Populaire et Citoyenne de Roubaix
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"Pour une santé citoyenne à Roubaix" - Offre Publique de Réflexion

1. La santé surdéterminée par la précarité

Nous le savons tous, les indicateurs de santé des Roubaisien(nes) sont en-dessous de la moyenne locale dans une région elle-même en-dessous de la moyenne nationale. A Roubaix, récemment classée dans une enquête, ville la plus pauvre de France, une grande part des problèmes de santé sont directement liés à des situations de précarité.

Cette précarité peut se manifester sous des formes de mal-être : la solitude, le « mal manger », le « mal se reposer » qui peuvent être autant de sources de maladies.

La solitude et l’isolement

C’est la précarité première. La solitude, l’isolement sont souvent liés à un accident de vie entraînant une situation de chômage à la fois cause et conséquence d’une rupture de liens familiaux et sociaux. Cette précarité aura tendance à raccourcir le temps, éliminant le futur (tout projet apparaîtra alors comme une prise de risque d’un échec supplémentaire). Cette précarité se traduit en terme de santé, par des pathologies liées à la dépression, au stress, requiérant parfois un suivi psychiatrique. Pour soulager momentanément la difficulté à vivre cette solitude, se développent les conduites addictives, surconsommation d’alcool, de tabac, de médicaments, de drogues illicites qui produiront d’autres pathologies tels que l’alcoolisme, la toxicomanie.

Le « mal manger »

Les pratiques alimentaires liées à la précarité telles que la non-régularité des repas, la faible qualité des aliments, les surconsommations de graisse, de sucre sont à l’origine de nombreuses pathologies telles que l’obésité, l’anémie, le cholestérol, l’hypertension qui se compliquent vers les maladies cardio-vasculaires, les cancers...

Le « mal se reposer »

La précarité du logement, la promiscuité sont sources de fatigue et peuvent amener des pathologies. L’humidité, le mauvais chauffage, la mauvaise ventilation des logements entraîneront des maladies respiratoires telles que l’asthme, les allergies, la tuberculose...

Partant de ces constats, la politique de santé ne peut à elle seule supprimer les causes de précarité en fournissant les emplois, les revenus et les logements stables auxquels chacun devrait avoir droit. Elle ne peut non plus suffir à soigner toutes les pathologies conséquences de cette précarité. En revanche, elle peut s’interroger sur les actions possibles à mener, à développer, à reproduire qui puissent à la fois soulager la solitude, améliorer les pratiques alimentaires et offrir des espaces confortables de tranquillité, de repos dans la ville. L’expérimentation de « salle d’injection » qui a défrayé la chronique récemment, concernant les toxicomanes, peut constituer un élément de réponse sur ce thème.

2. Les difficultés à se soigner

Les difficultés liées à la précarité de la population roubaisienne se répercutent dans une appréhension particulière de l’accès aux soins. On peut constater plus qu’ailleurs, deux types de comportements : d’une part, une inflation du recours à l’hôpital et aux médecins, d’autre part, un renoncement, un évitement à suivre des traitements médicaux dans la durée, à se plier à des démarches de prévention qui peuvent s’expliquer par des blocages d’ordre culturel (en particulier chez les hommes) et économique. Le système de soins, l’hôpital, la médecine de ville semble saturés par les multiples demandes qui relèvent à la fois du médical et du social. La demande de soins est souvent globale et la médecine apparaît très segmentée dans une approche fonctionnelle. Les dynamiques collectives réunissant dans la proximité des professionnels de santé peu disponibles et du social semblent assez faibles. Si quelques espaces du type « aire cancer » à l’hôpital permettent à des personnes de rencontrer d’autres personnes atteintes de la même maladie, il existe peu de paroles collectives, d’association d’usagers-patients du système de soins.

Comment recréer des dynamiques collectives, des dialogues plus forts entre l’hôpital, les médecins, infirmiers, établissements de santé, foyers, services sociaux, usagers ? Le Conseil régional Nord Pas de Calais avec le soutien de l’Etat, l’assurance maladie, le département du Nord a lancé depuis 2007 une expérimentation pour la création de « maison de santé » regroupant à la fois des activités de prévention, promotion de la santé, des offres de soins et de l’organisation de réseaux. Des « maisons de santé pluridisciplinaires et de proximité » à Roubaix pourraient-elles constituer un élément de réponse satisfaisant aux difficultés du système de soins ? Que faudrait-il mettre dans ces maisons de santé ? Comment renforcer des complémentarités entre médecine générale, soins infirmiers, médecines spécialisées en partant des dynamiques déjà existantes sur la ville ? Quelles complémentarités construire entre médecine allopathique et médecines douces ou alternatives ? Comment renforcer une parole autonome des usagers ? Les salles d’attente peuvent-elles être support d’animations et de rencontres des usagers de soins ?

3. Vivre « bien » avec une maladie ou un handicap

Une partie de la population, à des degrés divers, vit durablement avec la maladie ou le handicap, alternant périodes de soins, de convalescence, de rémission ou de rechute.

Notre société est principalement dominée et adaptée à la norme de la personnes active de 25 à 60 ans en « bonne santé ». Après une prise en charge temporaire et fractionnée par le système de soins quand on est reconnu malade ou handicapé, notre société a tendance à vouloir faire peser sur les malades et les handicapés la responsabilité du retour à la norme via la réinsertion. Cette injonction du retour à la « bonne santé » apparaît souvent inatteignable pour beaucoup de personnes malades ou handicapées. L’intégration des personnes précaires, malades ou handicapées supposerait de pouvoir ensemble, avec les valides, construire de nouvelles normes.

Comment améliorer l’accès et l’intégration des malades et handicapés avec leurs différences dans les lieux de vie sociale de la cité : famille, quartier, école, aux services publics, associations, commerces, entreprises. Comment discuter et gérer les obstacles et les difficultés que cela génère ? Comment organiser un espace de rencontre, de débat, de médiation sur l’ensemble de ces questions ?

Roubaix, le 01.10.2010

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